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  • Michel-Marie Barakat

Trans-figurés!

Mis à jour : 16 mars 2019


Et si le plus important dans la parole Transfiguration fut la deuxième partie, « figure ». Il semblerait qu’aujourd’hui on n’ait pas seulement du mal à croire à la transfiguration mais surtout à la figuration. Non, pas les non-croyants, non, pas les athées, mais les chrétiens même.

Croire à la figure. Au visage.

Toute une spiritualité a poussé à se détourner des visages pour voir Dieu, toute une spiritualité a fait taire l’Homme pour écouter Dieu … et elle ne l’a pas vu, elle ne l’a pas entendu. Elle a vénéré les icônes et mépriser les visages, elle a adoré le Corps et maltraité les corps. Spiritualité de la désincarnation, de la de-figuration. Car ce qui de-figure, c’est de voir Dieu dans une image peinte et de ne pas le voir dans un visage créé. Il ne s’agit certainement pas de ne plus vénérer les icones ou de ne plus adorer le Corps, mais de ne pas traiter différemment ce qui est a été créé semblable. Il s’agit plutôt de se mettre à l’école des icônes et du Corps pour apprendre comment se comporter avec les visages et les corps. C’est le même traitement en effet qui doit être réservé aux uns et aux autres.

Une liturgie qui exalte le respect du Corps et sa vénération engage ses membres au même respect envers tous les corps. La délicatesse et le respect extrêmes avec lesquelles est approché le Corps doivent être les mêmes envers tous les corps.

La spiritualité désincarnée critique la pensée humaniste athée, or elles sont sœurs jumelles : toutes les deux séparent ce qui est semblable, Dieu et l’Homme. Et entre ces deux philosophies géantes, se tient un petit reste qui adore Dieu et qui aime l’Homme. Qui refuse de choisir entre l’un et l’autre. Qui n’arrive pas à choisir. Traité par les premiers comme mondain, naviguant dans les bassesses de la réalité et par les seconds comme insensés, s’engouffrant dans les bassesses de la pensée, ils sont au contraire des cœurs purs qui voient Dieu…dans l’Homme. Car pur n’est pas celui qui sépare, qui sépare l’Homme de Dieu, le Ciel de la Terre, l’Être et le Faire, la Contemplation et l’Action. Celle-ci c’est la pureté des pharisiens, des cathares, toute imprégnée de préservations et de conservations fruit d’une exaltation de soi, d’un désir de se sauver sans les autres. Pur est celui qui uni : Dieu dans l’Homme, Le Ciel dans la Terre, l’Etre dans le Faire, la Contemplation dans l’Action. C’est celle-là la pureté des chrétiens, toute imprégnée d’ouverture, d’accueil, fruit d’un amour des autres, d’un désir de se sauver en sauvant les autres.

Avant de fêter la transfiguration, il faudra accepter la figuration, l’incarnation. Un des plus grands défis pour notre religion. Depuis cet événement, on ne monte plus au ciel sans s’enraciner dans la terre, Dieu n’est pas seulement le Très-Haut, il est aussi tombé au plus bas.

La foi en la figuration est un préalable à la foi en la transfiguration.



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