Rechercher
  • Michel-Marie Barakat

Prophètes méprisés

aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays


Si cette histoire ne concernait que Elie et Elisée, on aurait peu de raisons de nous y soucier.

Mais ce dont parle Jésus est une histoire qui traverse les siècles et qui arrive jusqu’à nous.

C’est Aujourd’hui même que s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre (Lc 4,21), c’est aujourd’hui même que « aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays » (Lc 4, 24)

Et ces prophètes non accueillis finissent par passer leur chemin, Ils vont ailleurs montrer leur puissance.

Alors beaucoup d’entre nous disent, moi, jamais aucun prophète ne m’a visité. Jamais je n’ai fermé la porte à aucun d’entre eux.

Mais en réalité si, nous avons tous fermé la porte aux prophètes, nous avons tous refusé d’écouter ceux qui nous ont été envoyés.

Car ce que pointe Jésus dans cet évangile c’est le danger de la proximité dans nos relations. Bizarrement plus on est proches plus on risque de ne plus se voir. C’est comme si cette contiguïté nous rendait aveugles.

Ces prophètes refusés sont nos maris, nos épouses, nos enfants, nos parents, nos voisins.

Nous nous sommes tellement habitués à leur présence que nous ne les voyons plus.

Oui vraiment il n’y a rien qui rend plus aveugle que l’habitude.

Ce prophète refusé, c’est le mari fatigué d’être tout le temps critiqué qu’il cherche ailleurs d’être un peu admiré.

C’est cette femme épuisée de n’être jamais remerciée, qu’elle cherche loin de la maison quelques-uns pour la féliciter

C’est cet enfant qui soi-disant se trompe toujours, et qui finit par se droguer

C’est notre voisin mille fois salué, pas une seul fois invité.

Ce sont eux tous les prophètes du quotidien que nous refusons car l’habitude nous a aveuglé.

Mais ce sont aussi ces psaumes mille fois chantés, ces passages d’évangiles trop de fois répétés, ce credo qui nous a lassé, cette hostie avalée sans trop y penser.

Nous avons cette terrible capacité de rendre impuissant les plus puissants prophètes à cause de notre regard blasé.

Mais il faut le dire également, combien de fois nous aussi, nous avons été des prophètes non écoutés… avec des capacités incroyables finalement non exploitées car nos plus proches ne nous ont pas encouragé.

C’est une alliance très subtile, celle de la puissance et de la foi. Il ne suffit pas d’être puissant, il est impératif que quelqu’un y croit. Nous avons beaucoup à donner mais il faut obligatoirement que quelqu’un reçoit.

C’est ton encouragement qui me rend courageux, c’est ton soutien qui me rend solide.

Beaucoup de prophètes, n’ont pas été accueillis, beaucoup de prophètes n’ont pas été écoutés.

Alors pour en finir, ces prophètes se sont accueillis, se sont écoutés.

Si personne ne croit en toi, il faudra que tu crois en toi-même.

Si personne ne te dise que tu es beau, il faut que tu le dises à toi-même

Si personne ne te dit que tu es capable, il faut que tu te convaincs toi-même.

Ne soyons trop durs avec ceux qui s’aiment, probablement ils n’ont trouvé personne pour les aimer.

Ne soyons pas trop durs avec ceux qui s’admirent, ils n’ont peut-être trouvé personne pour les admiré.

Nous sommes responsables de la puissance qui se trouve dans les autres, nous sommes responsables des prophètes qui se trouvent dans nos maisons, dans nos bureaux, dans nos communautés. Notre regard peut les épanouir ou peut les bloquer.

Pour cela il faudra lutter contre le plus grand ennemi, celui le plus à redouter : l’habitude.

Non, ce n’est pas l’infidélité qui tue l’amour. Le tombeau de l’amour est l’habitude.

Nous avons vu des infidèles ressuscités, mais même la toute-puissance de Dieu est repoussée par les cœurs lassés. Jésus ne put faire là aucun miracle (Mc 6,5).

Alors reste à savoir comment enlever ce manteau de l’habitude, cette une carapace autour de notre cœur qui nous fait ressembler à des invertébrés.

Il faudra peut-être tout d’abord commencer par confesser, confessé que mon cœur habitué a en réalité arrêté d’aimer.

Je suis encore dans mon travail, je suis encore dans ma famille, je suis encore dans ma communauté. Et je pense que pour cela je vis la fidélité. Mais mon cœur est habitué. Il ne fait que répéter. Alors il faut que je me le dise, au moins à moi-même, au moins dans le secret de mon cœur : Ça fait un moment que j’ai arrêté d’aimer.

« Ce que j'ai contre toi, c'est que tu as abandonné ton premier amour, dit le Seigneur, Souviens-toi donc d'où tu es tombé » (Ap 2,5)

Souviens-toi ! voici la clé ! Nous sommes habitués car nous avons oubliés.

Nous avons oublié combien on espérait ce oui pour toujours de notre fiancée.

Nous avons oublié combien on a attendu ce coup de fil de ce jeune garçon qui nous plaisait.

Nous avons oublié qu’on était prêt à tout pour ce petit bébé à peine né.

Oublié combien il a été dur de trouver ce travail tellement cherché.

Nous avons oublié jusqu’à Jésus crucifié.

Alors frères et sœurs, souvenons-nous que nous sommes entourés de prophètes qui désirent faire éclater leur puissance et pour cela Ils attendent un regard non habitué.

Ce n’est pas le monde qui doit se convertir en premier, c’est notre regard sur le monde qui est la clé. Si nous continuons à croire que ce monde est mauvais, il ne faut pas s’étonner qu’il reste ainsi à jamais.


3 vues0 commentaire

©2019 by Abouna. Proudly created with Wix.com